Premier sang d’Amélie Nothomb : faire revivre le père

C’est un moyen de se délivrer presqu’autant que d’honorer. Dans Premier Sang, Amélie Nothomb raconte son père. Cette biographie aux allures de conte (à moins que ce ne soit l’inverse) raconte avec brio un homme hors du commun.

L’écrivaine Amélie Nothomb sur la couverture de son dernier ouvrage, Premier Sang.

Amélie Nothomb référait déjà à la vie de diplomate de son père dans Biographie de la faim, paru en 2004. Mais elle a choisi d’aller plus loin avec Premier Sang, son 32ème roman, paru le 18 août dernier. Elle y brosse le portrait d’un homme, son père, avant qu’il ne le soit. Le texte, doux et sensible, conte la vie de Patrick Nothomb, de son enfance solitaire à son vécu d’otage à Kisangani qui s’appelait alors Stanleyville, en République démocratique du Congo.

L’amorce est saisissante. Le personnage est mis en joue, devant un peloton d’exécution. Scène dont on ne connaîtra le dénouement qu’à la toute dernière page. La boucle est bouclée. « La rage de survivre » est démontrée. Entre temps, le flashback défile : les vacances du jeune garçon dans un château des Ardennes, au sein d’une famille aux allures moyenâgeuse, sa découverte de l’amour, son hématophobie, les débuts de son mariage.

S’effacer derrière son personnage

C’est un hommage singulier, à cheval entre la biographie et la fiction. Amélie Nothomb s’efface derrière son personnage. Dès la première phrase, l’emploi de la première personne surprend. Mais l’on comprend vite qu’il s’agit pour l’autrice d’un moyen de faire revivre son père, décédé en mars 2020. Coucher ce « je » sur le papier et non un « il » froid et détaché, c’est lui donner la parole une dernière fois.

On retrouve la pâte Nothomb, une écriture droit au but, sans fioriture mais forte et exigeante. C’est un retour à ses origines, familiales mais aussi littéraires, puisque chaque chapitre de cette vie rappelle un univers différent de l’œuvre Nothomb. Impossible de ne pas comparer Pierre Nothomb, aristocrate belge inconscient de son époque au comte Neville. L’horreur et l’irréalité de la prise d’otage quant à elle n’est pas sans rappeler l’intrigue d’Acide Sulfurique, tout comme le mutisme du petit Patrick fait écho à celui d’Amélie elle-même, décrit dans son autobiographie.

L’œuvre est remarquablement construite : tout en ellipse, elle mène le lecteur de bout en bout. Le récit est intime mais pudique. L’on s’attendait à un ouvrage empreint de nostalgie, il laisse pourtant une sensation de douceur et d’amour. Encore une prouesse Nothomb.

Laisser un commentaire