Avec la pandémie, « le sport a pris le bord »

Léo Bédard et Louis Scheifler ont profité de la pandémie pour troquer le ballon de soccer par la production de musique. A l’instar d’autres jeunes, ils ont ainsi ouvert leurs horizons à de nouveaux passe-temps tout aussi stimulants.

Félix profite de chaque moment pour se plonger dans un livre.

L’arrivée du covid, comme dans le cas de beaucoup de sports collectifs, a complètement chamboulé leur pratique. « Les saisons étaient annulées au début et même les conditions de reprise étaient incertaines », explique Léo. Le jeune athlète a donc décidé de couper court à sa pratique, comme son ami Louis, qui avait pris une pause quelques mois plus tôt. Pause qui s’est éternisée en raison du Covid.

Félix Côté, étudiant au Cégep de Jonquière, a lui choisi de renoncer au hockey, qu’il pratiquait depuis plus de 10 ans à un bon niveau.

Ils ne sont pas les seuls à avoir choisi d’arrêter leur pratique sportive avec l’arrivée du covid. Selon une étude de Statistique Canada publiée le 17 septembre, les jeunes, de 12 à 17 ans notamment, ont été quotidiennement moins actifs pendant la pandémie. Alors que 50,8 % d’entre eux respectaient les recommandations canadiennes avant l’arrivée du Covid, ils ne sont plus que 37,2 %. « C’est surtout dû à l’absence d’offre, à la fermeture des clubs et aux nombreuses restrictions sanitaires », commente la professeure adjointe à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, Isabelle Doré.

Se découvrir artiste

Si cet abandon signifie pour beaucoup une augmentation du temps d’écran, ce n’est pas toujours le cas. Ensemble, Léo et Louis ont par exemple choisi de se tourner vers la musique, plus précisément vers la production d’instrumental destiné à d’autres artistes. « On faisait déjà de la musique, mais on est passés au niveau supérieur, on s’est lancés à fond dedans », explique Léo Bédard. Félix, de son côté, s’est découvert une passion pour la lecture. Il dévore tout ce qui a trait à la politique, la psychologie ou la philosophie. « Je me suis aussi impliqué davantage dans le club de politique du cégep. »

Pour tous, la pandémie a été un déclic. « Je dirais pas que j’étais tanné, mais je voulais découvrir d’autres branches. Ça prenait trop de temps et il y avait beaucoup de compétition », raconte Félix. « Il fallait être bon tout le temps, je jouais plus pour le plaisir », détaille Louis.

Dans leur nouveau passe-temps, ils ont trouvé un épanouissement différent. « En lisant, tu ne peux pas faire d’erreur et tu apprends sans cesse, alors que dans le sport, souvent tu stagnes, t’arrêtes d’apprendre », explique Félix. Selon Isabelle Doré, « certains ont pu changer d’activité pour relâcher la pression, remplacer des pensées anxiogènes par quelque chose de beaucoup plus positif. » C’est le cas de Léo qui y a vu une manière de « dépenser [son] énergie créativement. »

Du sas de décompression à la passion

« Les activités culturelles et sportives peuvent, à plusieurs égards, être comparées. Elles ont des effets similaires quand elles sont pratiquées en groupe, ajoute la chercheuse, un sentiment d’appartenance se crée, il y a une amélioration de l’estime de soi et un sentiment d’auto-efficacité. »

Ce qui était au départ une soupape de décompression, s’est parfois transformé en véritable passion, voire plus encore. « Maintenant c’est un travail, on espère pouvoir en vivre complètement bientôt », précise Léo. Mais ces nouveaux musiciens ou lecteurs ne sont pas dégoûtés du sport pour autant. Cette pause leur a permis de repenser leur pratique. Félix passe plus d’une heure par jour au gym pour dépenser son énergie. Louis, quant à lui, profite de chaque occasion pour jouer au soccer. « Je pense reprendre en club, mais sans but, avec moins de pression », précise-t-il. Selon Isabelle Doré, « parce que la pandémie nous a donné du temps pour réfléchir, certains jeunes qui n’étaient pas forcément heureux dans leur pratique sportive ont pu en prendre conscience. Parmi eux, certains vont se tourner vers le sport à nouveau mais en étant plus exigeant dans la qualité de leur pratique, c’est une bonne chose. »

« Je ne me rendais même plus compte du temps que ça me prenait au quotidien », admet Félix. « En six années de sport de performance, j’ai poussé mon corps au maximum. C’était la première fois en six ans que je ne faisais rien d’un point de vue sportif », reconnait Louis. En coupant tout lien avec le sport et en prenant du recul, ils se sont rendu compte que le sport leur manquait. « Le manque m’a donné le goût de rejouer », conclut Léo.

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