
Angoisses, symptômes dépressifs, épuisement… Si le confinement est loin d’être anodin pour la santé mentale, le déconfinement n’est pas non plus une partie de plaisir.
Déconfinement, deuxième édition. Mais même après répétition, on ne s’habitue pas au Stop & Go du quotidien. Alors que Santé publique France pointait une « augmentation significative des troubles dépressifs », des voix s’élèvent pour alerter sur la santé mentale des Français. « Nous voulons éviter une troisième vague qui serait (celle) de la santé mentale », déclarait le ministre de la Santé Olivier Véran, le 18 novembre. S’il n’est plus à prouver que le confinement a des effets sur la santé psychologique, comment notre mental résiste-t-il à l’enchaînement des confinements et des déconfinements ? A l’heure d’un nouveau retour à la normale, progressif et incertain, le Dr David Delalu, psychologue, explique pourquoi cette situation bouscule.
Quelles populations sont les plus touchées ?
Les populations les plus touchées sont celles où il y a une certaine précarité sociale, celles dont les secteurs d’activité économique sont les plus affectés par la crise et celles qui n’avaient pas de sécurités financières. Le risque est aussi important pour les étudiants puisqu’ils sont sujets à l’isolement. Un mois de rentrée, c’est trop court pour créer du lien social dans une nouvelle formation.
« Certaines personnes […] se sentent oubliées du déconfinement. »
Mais nous sommes tous différents et les situations le sont aussi. Lorsque nous sommes confinés, certains sont bien entourés, proches de leurs familles et dans un environnement favorable, mais d’autres sont très isolés. Certaines personnes, qui ne peuvent pas reprendre le travail en présentiel, se sentent oubliées du déconfinement. C’est particulièrement dur si leur seul lien social est la fac ou si leurs seules relations sont celles qu’ils entretiennent avec leurs collègues.
Quelles difficultés posent le déconfinement ?
Les troubles causés par le confinement sont particulièrement médiatisés, mais le déconfinement est aussi difficile sur le plan psychologique en raison de l’angoisse causée par la peur du virus. Cette peur pour soi-même ou pour ses proches a flambé. La vie en société devient difficile puisque l’autre est potentiellement dangereux. Dès lors, les rencontres sont compliquées. Si l’on prend l’exemple des étudiants, ce n’est pas facile de créer du lien avec de nouvelles personnes dont on nous recommande de nous tenir à distance.
« La vie en société devient difficile puisque l’autre est potentiellement dangereux. »
Au-delà de la peur du virus, le contexte a beaucoup modifié les rapports sociaux. Avec l’obligation du port du masque, on ne voit pas de visage, hormis dans la cellule familiale nucléaire, c’est-à-dire les gens avec lesquels on habite. Cela crée une relation à l’autre très particulière.
L’enchaînement des confinements et des déconfinements est-il difficile ?
Le premier confinement avait déjà été difficile sur le plan psychologique, mais il y avait l’idée qu’une fois que ces mois d’enfermement seraient passés, la vie reprendrait son cours. Là, la répétition donne une impression de sans fin. Les annonces sur les vaccins redonnent un peu d’espoir mais le problème est que nous n’avons pas d’horizon précis.
https://infogram.com/sante-mentale-1hnp27mm55d5y2g?liveIl y a un rapport inversement proportionnel entre l’angoisse et la sensation de contrôle : si je contrôle la situation, il n’y a pas d’angoisse parce que c’est moi qui décide, mais s’il n’y pas de contrôle, il y a énormément d’angoisse. Dans le contexte actuel, l’incertitude crée une absence de contrôle : je ne sais pas pendant combien de temps ça va durer, ce qui va se passer… Et cette absence de contrôle s’accompagne d’interrogations importantes : est-ce que tout le monde dans mon entourage va survivre ? est-ce que l’activité économique va reprendre ? est-ce que je vais retrouver mes amis ?
- A lire aussi : Reconfinement : le succès des techniques de relaxation
Travailler devient aussi plus compliqué pour ceux dont l’activité professionnelle s’arrête complètement à chaque confinement. Le contexte rend la motivation difficile à trouver : elle s’arrête puis redémarre, puis s’arrête de nouveau… C’est épuisant. Il est aussi difficile de construire des projets, or c’est précisément ce qui nous motive.
« Il est difficile de construire des projets, or c’est précisément ce qui nous motive. »
Lors du premier confinement, la difficulté était que nous n’avions pas d’objectif précis, même lointain. C’est toujours le cas. Dans l’absolu, ce serait plus simple d’avoir un calendrier clair. Depuis un an, nous sommes sans cesse dans quelque chose d’inquiétant.
Comment cela se traduit-il ?
Les principaux phénomènes induits sont l’anxiété et les syndromes dépressifs, liés au virus ou à l’incapacité à se projeter dans un avenir incertain. L’isolement social, dans le cas des étudiants, peut aussi provoquer ces syndromes dépressifs. Le confinement a exacerbé l’anxiété, a accentué les symptômes déjà existants. Dans des cas exceptionnels, pour les personnes souffrant de phobies sociale ou scolaire, il a, au contraire, eu un effet rassurant : leur état s’est « normalisé » pendant le confinement mais le déconfinement a été difficile.
Est-ce qu’un unique confinement, plus long, serait moins difficile ?
Les deux solutions sont épuisantes : une très longue période de confinement se joue sur la capacité à endurer sur le long terme, sur l’endurance psychologique. Le fait de répéter des confinements est moins difficile sur le coup, mais relance à chaque fois l’anxiété. Et je ne pense pas que l’on s’y habitue, je vois plutôt une forme d’épuisement, même si, là encore, nous sommes tous différents.
Coline Cornuot
