Mon nom est Personne, un hommage burlesque à un genre finissant

Sortie en 1973, l’œuvre de Tonino Valerii porte un regard empli de tendresse sur le western américain. S’il fait figure d’exception à l’égard des autres films du genre, il se veut avant tout symbole d’une évolution cinématographique.

L’affiche du film Mon nom est « Personne », réalisé par Tonino Valerii.

Devenu culte, le film réalisé principalement par Tonino Valerii, et dont Sergio Leone s’est longtemps attribué la paternité, est un exemple marquant d’un tournant dans l’histoire des westerns. Dans les années 1960, le cinéma connait un basculement. Porté par la fin du cinéma traditionnel américain avec L’homme qui tua Liberty Valance, le western spaghetti signe, après la révolution cinématographique des années 60, la fin du western tel qu’on le connait. Genre victime d’un regard condescendant, il ne parle plus du tout de l’histoire des États-Unis et vide le western de son sens pour n’en garder que la forme, hypertrophiée et parodique. Il n’a pas pour but de glorifier les valeurs traditionnelles du pionnier ou de donner une dimension mythique à la « Glorieuse Amérique ». Les longs métrages dépassent le schéma manichéen et élogieux pour dresser une parodie d’un genre nostalgique et laudateur. C’est un genre de la réappropriation, qui finira par influencer en retour le nouvel Hollywood.

La déconstruction des mythes

Sorti en 1973, au cœur des réalisations de westerns spaghettis, Mon nom est Personne fait alors figure d’exception puisqu’il inclut l’histoire de cette nation et le processus de formation d’une légende. Le récit se déroule à la fin de la conquête de l’Ouest.  Il met en scène Jack Beauregard, incarné par Henry Fonda, une légende dans sa région, et l’un de ses admirateurs, surnommé « Personne ». Ce dernier, joué par Terence Hill, tente de persuader son héros d’affronter les membres de la Horde Sauvage et de venger son frère afin d’accomplir une dernière grande action et entrer ainsi dans l’histoire. Beauregard, lui, souhaite simplement terminer sa carrière sans vague et rejoindre l’Europe par bateau, se laissant alors acheter par ses ennemis. « Personne » réussit à le placer face aux bandits, faisant ainsi de son héros d’enfance une légende. Pour sortir de l’histoire, le jeune homme provoque son héros en duel et, devant la foule, fait semblant de le tuer.

Le mythe est alors au cœur du récit, qui reproduit les légendes portées par l’Amérique, tout en les déconstruisant et les démystifiant, ce que l’on voit avec le trucage du duel final. Il sort de la dimension manichéenne, mettant en scène un héros corrompu, acceptant de l’argent à l’encontre des valeurs morales. L’œuvre est un méta film spaghetti, réalisation admirative et théorique du western, qui se veut le reflet d’un genre.

Un regard empli de tendresse

Très comique, voire burlesque, elle dépeint un débat générationnel, incarné par les protagonistes, opposant jeunesse et vieillesse, optimisme et pessimisme, croyance et scepticisme. « Personne » évoque la liberté de l’Ouest américain. Il représente une version plus poussée et parodique des hommes sans nom, typiques du western spaghetti, contrairement à son aîné, reflet d’une Amérique passée. Le western italien rend hommage à son maître, le cinéma américain, sans jamais chercher à le dépasser, ce qui fait la force du film.

Valerii construit alors un hommage à la fois joyeux, triste et amoureux au western. Le récit d’adieu prononcé par Beauregard lors de son départ, apparaît comme une épitaphe du genre, soulignant le partage de l’œuvre entre désillusion et tendresse. Par son histoire et ses codes, le western a su s’imposer en tant que genre cinématographique à part entière et influencer l’ensemble des réalisations modernes. Si Mon nom est Personne est devenu un film culte, emblématique du western crépusculaire, c’est parce qu’il se positionne en tant que symbole d’une époque charnière, faisant figure d’exception dans une période parodique.

Clémence GABORY, Coline CORNUOT

Laisser un commentaire