Face au fiasco du traitement médiatique de l’affaire Dupont de Ligonnès, le fonctionnement et la fiabilité des médias sont au cœur du débat citoyen.
C’est aux alentours de 20h40 vendredi 11 octobre que Le Parisien annonce l’interpellation du fugitif Xavier Dupont de Ligonnès par la police écossaise. Samedi, cette information fait la une de nombreux médias français importants, comme les journaux Le Monde ou Le Parisien. Dans le même temps, les structures audiovisuelles se jettent sur l’affaire pour en faire des émissions spéciales. Et pour cause, la nouvelle est à peine croyable. Cet homme, introuvable depuis le mois d’avril 2011, et accusé d’avoir assassiné puis enterré toute sa famille à Nantes, aurait été retrouvé à l’aéroport de Glasgow.

Les médias sont en ébullition face à cette actualité brûlante et d’une importance cruciale, qu’ils s’empressent de relayer, sans nuancer leur propos. Ils sont même appuyés par l’AFP, Agence France Presse, qui publie une dépêche confirmant l’information du Parisien. Seul le journal régional La Provence joue la prudence en accompagnant son gros titre d’un point d’interrogation. Malgré les doutes émis par certains enquêteurs et les protestations des voisins du suspect, la police écossaise confirme l’identité de l’homme, s’appuyant sur la comparaison des empreintes digitales.
Mais quelques heures plus tard, le verdict tombe : l’homme arrêté en Ecosse n’est pas Xavier Dupont de Ligonnès.
« Les médias essaient désespérément de garder les gens en haleine »
Face à cette révélation, les médias sont confus, décrédibilisés par cette erreur devant des citoyens depuis longtemps sceptiques quant à l’objectivité et la fiabilité de ces instances. Pour certains, il ne s’agit là que d’une erreur de plus dans un milieu « qui parle beaucoup pour ne rien dire ». Certaines personnes ne cachent pas leur colère, comme Céline Rochard, fonctionnaire de l’université Clermont Auvergne, qui assène que « les médias essaient désespérément de garder les gens en haleine ». « Je suis écœurée », ajoute Nadine Mosnier, sa collègue, qui précise qu’il s’agit là de « désinformation ».
Une étudiante en journalisme, Juliane Delecroix, qui ambitionne de se tourner vers la profession, a elle un véritable regard critique sur cette affaire et est lucide face à la réalité du métier. Selon elle, « les médias se sont précipités sur l’occasion d’avoir une nouvelle en or », ils voulaient en « obtenir l’exclusivité ». Il y a eu « un effet boule de neige », ajoute-t-elle, « ils ont fait appel à de mauvaises sources ou ne les ont pas correctement vérifiées ». Elle rejoint la conclusion de Patrick Oveno, président de l’Observatoire de déontologie de l’information, selon lequel il s’agit là d’« une erreur collective », et ne mâche pas ses mots en assénant que les médias « passent juste pour des imbéciles ».
Les journalistes face à ces critiques se sont confondus en excuse, reportant la faute sur l’AFP. Pour l’heure, cette affaire elle, reste avant tout une énigme.
Coline Cornuot
